« Tolérer, c’est offenser » Goethe



Voilà une jolie petite citation à peine contradictoire au premier abord et que j’étais plutôt impatiente d’analyser de nouveau sur ce blog. Passée la crainte de la page blanche (après tout, Goethe était peut-être sous l’emprise de quelque substance ce jour-là), la citation prend peu à peu tout son sens si on prend le temps de se pencher dessus (si si, je vous assure). Voyez plutôt :

La tolérance est aujourd’hui une notion bien en vogue. Elle est plus ou moins tournée à toutes les sauces à l’école et dans le discours politique (J’allais dire presque autant que la laïcité mais n’exagérons rien !) et a donc d’emblée un sens très positif. Pour faire simple : La tolérance, c’est bien ! Soyons tous tolérants et on aura probablement chacun un paquet de bonbons. Je grossis à peine le trait. En somme, dans le discours public la tolérance et le respect sont placés sur un pied d’égalité. Donc forcément quand on lit « Tolérer, c’est offenser » alors qu’on pense « Tolérer, c’est respecter » il y a comme une légère incompréhension qui peut nous amener à nous replonger un peu dans le Larousse pour y voir plus clair.



              Quand on cherche « tolérance », les premières définitions se rapprochent assez de ma grossière esquisse « La tolérance, c’est bien ! ». En effet on trouve :  « Attitude de quelqu'un qui admet chez les autres des manières de penser et de vivre différentes des siennes propres », « Attitude de quelqu'un qui fait preuve d'indulgence à l'égard de ceux à qui il a affaire » ou encore « Respect de la liberté de conscience et ouverture d'esprit à l'égard de ceux qui professent une religion ou des doctrines différentes ».  Quand on est tolérant on ignore les stéréotypes et les préjugés qui peuvent mener à la xénophobie, on fait de la diversité une richesse pour tous et on harmonise les relations humaines. Voltaire lui-même l’écrivait dans son Dictionnaire philosophique : « La discorde est le plus grand mal du genre humain et la tolérance en est le seul remède ». Et pour achever de sacraliser cette notion, Gandhi en rajoutait une couche quelques siècles plus tard en écrivant : « La règle d’or de la conduite est la tolérance mutuelle, car nous ne penserons jamais tous de la même façon, nous ne verrons qu’une partie de la vérité et sous des angles différents ». A priori, la tolérance est donc légitimement assimilée au respect.



             Sauf que ce serait trop simple ! Vous vous doutez bien que je n’écris pas un article pour vous apprendre qu’effectivement l’herbe est verte (quoique ça peut se discuter…). En effet la théorie de Monsieur Goethe chamboule mon petit verbiage précédent et il suffit de remonter à l’étymologie du verbe « tolérer » pour lui donner raison. « Tolérance » et « tolérer » viennent du latin tolerare qui signifie « supporter ».  Tout de suite on change un peu de registre. Et quand on regarde quelques lignes plus loin sur le Larousse, on retrouve comme définition  « Considérer avec indulgence quelque chose, un comportement, ne pas le punir, le laisser passer ». Parce qu’en effet, tolérer c’est souffrir quelque chose qu’on désapprouve, c’est admettre qu’une chose est mauvaise selon ses propres convictions mais s’en accommoder pour éviter le conflit ou simplement par résignation. Il y a finalement dans la tolérance un mépris courtois et une offense déguisée. On pourrait prendre l'exemple du racisme. Combien se disent « tolérants » mais refuseraient que leur fille leur présente un fiancé étranger ? Savoir que quelque chose existe et qu’il serait vain de lutter mais ne pas supporter que cela se produise chez soi, c’est ça la tolérance ;).


Finalement, pour bien comprendre le sens des mots de Goethe, il faut les replacer dans leur contexte et citer les phrases qui les précèdent dans Maximes et Réflexions : «  La tolérance ne devrait être qu’un état transitoire. Elle doit mener au respect ». Il y a donc d’une part le fanatisme, le sectarisme, d’autre part le respect que l’on peut définir comme le fait d’avoir de la considération pour quelqu’un ou quelque chose, et au milieu, comme un trait d’union entre ces opposés : la tolérance. Mais ce que souligne Goethe avec l’emploi de ce conditionnel « devrait », c’est que bien souvent la tolérance ne sert pas de tremplin vers le respect et en reste, à tort ou à raison, à ce stade de condescendance joliment voilée.

Commentaires

  1. La tolérance n'exclut pas l'affirmation de ses idées et de ses propres valeurs...
    Il faut effectivement être tolérant mais dans la limite de ce qu'on a la capacité de supporter. Autrement on passe à de la soumission et là, on est négatif et donc contre productif.
    Ainsi, je fais une diférence entre l'intolérance, la tolérance et la soumission. La nuance entre ces trois éléments passe par la capacité des uns et des autres à comprendre et accepter l'opposition. C'est donc une question de respect et de positionnement du curseur de l'acceptation de l'autre.
    Selon moi, l'intolérance insupportable est celle qui relève des préjugés...

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire