« On n’apprend la philosophie qu’en apprenant à philosopher » Kant



           Comment commencer ce petit journal autrement qu’en citant mon auteur favori, merveilleux inventeur de cette maxime qui lui vaut toute mon admiration ? Surtout, comment commencer d’une manière plus absurde qu’en citant LA maxime qui à elle seule peut détruire la raison d’être de ce blog ? En effet, je pars de réflexions d’auteurs et celle-ci montre précisément qu’on ne philosophe qu’en exerçant son propre esprit (un paradoxe ? où ça ?). Et bien soit, les jeux sont ouverts avec ces quelques mots de Kant, simples et pourtant si porteurs de sens à mes yeux !

           Bien sûr, ce n’est pas à la portée d’un nouveau-né de rédiger un essai ou une dissertation. Je vous vois venir, je ne dis pas pour autant que la réflexion n’est pas accessible à tous (non non non !). Simplement la philosophie requiert un certain « background » de méthodologie et de culture littéraire pour pouvoir s’exercer efficacement. Évidemment, on peut être un petit génie de la pensée métaphysique mais si on n’est pas capable d’organiser tout ça synthétiquement on ne convainc pas grand-monde. Et le but c’est quand même de pouvoir échanger un peu ! (à « Penserions-nous beaucoup et penserions-nous bien si nous ne pensions pas pour ainsi dire en commun ? » Kant) Et puis il faut bien admettre qu’agrémenter son argumentation de quelques citations ça lui donne un peu de poids ;). Apprendre la philosophie « théorique » c’est donc aussi se construire un joli vivier de thèses dans lequel on peut facilement puiser pour apporter du corps à son texte.
      Je prends la première beaucoup de plaisir à lire ces auteurs. Non parce que je partage toujours leur point de vue, mais parce que j’admire leur esprit vif, capable de s’interroger avec pertinence sur à peu près tout. Et puis au fond je dois aimer en eux cette fibre révolutionnaire qui les pousse à vouloir réveiller le peuple. D’ailleurs, que fais-je moi-même sinon tenter de titiller un peu l’esprit critique de ceux qui me liront ? (Est-ce que ça marche ?)



          Mais je m’étonne souvent de certains professeurs/étudiants qui considèrent la philosophie comme une gigantesque bibliothèque à laquelle il faut ajouter autant de livres que possible. On verse une thèse d’untel, une jolie métaphore d’un autre et deux-trois idées de tel penseur, on secoue bien dans son petit shaker à dissertations et il en sort un bon discours usurpé dans lequel on n’a pas mis un centième de sa propre réflexion (Hats off gentlemen !). La « sophia » des anciens s’acquiert-elle autrement qu’en vivant tout simplement et en questionnant son monde ?

Nous sommes bien d’accord, ce point de vue est facilement défendable pour une jeune commerçante mercenaire telle que moi dont (je dois bien l’admettre) le savoir philosophique est davantage en puissance qu’en acte ! Je maintiens malgré tout que la philosophie, sur ce plan, est une discipline comme bien d’autres : Elle ne s’enseigne ni ne se reçoit passivement (oui, à moi aussi on a menti au lycée…). Demandez à un étudiant en mathématiques de se contenter d’enregistrer les théorèmes, à un nageur de répéter les mouvements hors de l’eau ou à un cuisinier de s’essayer à une recette sur papier. Croyez-moi, le résultat serait tout aussi drôle que celui du philosophe de comptoir avec son shaker magique !

Il y a des dissertations brillantes réalisées sans la moindre citation. Ce sont parmi toutes celles que j’admire le plus car elles n’ont besoin de rien d’autre que d’elles-mêmes pour exister. L’âme s’y dépouille d’une armure protectrice de laquelle le temps a sacralisé la valeur, pour s’élever, libre, nue et vulnérable. Sans doute se trompe-t-elle parfois, si tant est qu’on puisse se tromper, mais elle s’adonne pour la beauté du geste à l’exercice le plus noble de la Création.


C’est sur ces quelques mots que j’ouvre aujourd’hui mon carnet de réflexions, sérénade à la pensée banale, frivole, pointue, futile, curieuse ou impertinente. Mon encre est la philosophie : cette science dont la beauté éclate en se mettant elle-même à l’épreuve de ce qu’elle valorise au-dessus de tout : notre esprit critique.

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