« Dieu n’existe pas, tout est permis » Dostoïevski



Dans l’ère du scepticisme religieux et du sacrement de l'athée comme libre penseur par excellence je prends le parti de traiter cette citation qui m’a toujours fait sourire. Et puisque c’est assez improbable qu’une croyante écrive avec un peu d’objectivité sur Dieu, je tenterai de mon mieux de faire mentir les probabilités.

La religion est souvent perçue, notamment par les non-croyants, comme un carcan, une contrainte qui pèse sur la vie des hommes. Il s’agit alors de savoir si cette contrainte est réelle ou fictive et donc a fortiori si Dieu existe ou est une invention. Forcément si Dieu est imaginaire, s’il n’a pas de réalité, alors la contrainte disparaît comme par magie et les lions peuvent être lâchés ! Mais (parce qu’il y a toujours un mais !), sans rentrer dans le débat de l’existence de Dieu qui n’est pas aujourd’hui mon propos, il serait bon de creuser un peu plus la question afin de donner tort ou raison à notre ami Dostoïevski. Puisque ce dernier évoque « Dieu » et non pas « les dieux » nous n’aborderons que le cas des religions monothéistes.


Tout d’abord, si l’on s’efforce d’adopter un œil critique et objectif sur la religion, il est vrai qu’elle peut présenter plusieurs contraintes. Dieu est parfois perçu comme une instance coercitive qui abat ses foudres sur quiconque manque à Ses commandements. On est assez proche à ce niveau-là du Zeus de la mythologie grecque connu pour ses colères et ses punitions redoutées (mais seulement à ce niveau-là hein ! Zeus reste inégalé dans ces frasques et autres…).

Il y a d’abord une contrainte explicite dans la religion à travers les Livres saints qui présentent une ligne de conduite calquée sur celle du prophète, à travers des interdits moraux (ne pas tuer, ne pas voler…) ou plus culturels et enfin à travers des impératifs. Mais, et c’est là à mon sens le point central, Dieu est souvent considéré par les non-croyants comme une allégorie de la conscience humaine. Si l'on se place du point de vue d'une personne athée, on a une vision très contraignante de la foi. Le croyant semble toujours se voir sous le regard de Dieu et dans une moindre mesure sous le regard de sa communauté religieuse. Dieu norme le bien et le mal. Le croyant a donc l’air d’avoir « des comptes à rendre » et de ne pas être libre de ses actes. En suivant ce raisonnement, penser que Dieu n’existe pas c’est se libérer de cette contrainte, de cette « aliénation » dont parle Freud et recouvrer pleinement sa liberté. En ce sens la citation de Dostoïevski peut donc être, sinon approuvée, du moins comprise.


Sauf qu’en tâchant de prendre un peu de recul on réalise bien vite que c’est l’affirmation inverse qui prend tout son sens : « Dieu existe, tout est permis ! ». De tous temps, et c’est ce qui fait la colère de bien des croyants qui voient le nom de leur religion entaché par des amalgames, les pires horreurs ont été justifiées au nom de Dieu. La liste est longue : croisades, conflits internationaux sur fond de guerre religieuse, génocides, affrontements "intra-nationaux" … Que l’on évoque l’Inquisition, l’islamisme, les massacres au Nigeria ou le créationnisme, on ne peut que constater que c’est malheureusement l’existence de Dieu et non Sa non-existence qui sert de prétexte. Quand on pense qu’il y a quelques siècles la rémission totale ou partielle des péchés se monnayait ! (Oui oui, c’est une de ces petites perles qui salit le catholicisme).  C’est bien connu, la pureté d’une âme se mesure au poids de sa bourse… (pardon ça m’a échappé). Donc même si la citation qui nous occupe semble logique, dans les faits on voit davantage de fanatiques religieux donner dans tous les excès que de non-croyants refaire mai 68 sous prétexte que Dieu n’existe pas.


La citation de Dostoïevski me rappelle le Tartuffe de Molière et l’argument du pari de Pascal. Dans les trois cas une certaine hypocrisie se dégage du croyant tel que le représentent ces auteurs. Tartuffe incarne le faux dévot qui utilise la religion pour arriver à ses fins. Le personnage fictif de Pascal se convertit par calcul (si Dieu existe il sauve sa peau, s’Il n’existe pas il ne perd rien).  Quant à la citation de l’écrivain russe, cri de guerre du nihilisme, j’ai du mal à saisir par qui elle est partagée et si elle l’est réellement je la trouve bien triste. Triste pour les croyants qui penseraient que si Dieu n'existait pas tout serait permis, et qui ne verraient donc en la religion qu’un gigantesque tribunal. Et triste pour les non-croyants qui finalement conditionnent leur liberté par la non-existence d’un être en lequel de toute façon ils ne croient pas (je reprends ma respiration…).

Pour l’heure j’aime mieux rester convaincue que les croyants placent en leur foi des sentiments et des intentions plus élevés ! Dieu n'est pas le père fouettard que certains imaginent, simplement parce qu'Il nous laisse le choix. Le choix de croire ou non, de suivre Ses voies ou de s'en écarter et la capacité d'exercer notre libre-arbitre.

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